Ecce Hétéro mercredi, Nov 10 2010 

Lorsque nous apaisons notre esprit, notre conscience est pareille à la surface d’un lac paisible, et si l’on tourne notre regard vers elle on peut y contempler sans (trop de) préjugés et avec bien moins de barrière notre reflet. On gagne parfois en conscience de soi de cette façon. Souvent on peut au moins apprendre à s’accepter un peu plus.

Ainsi le légendaire Arthur a-t-il pu contempler son propre reflet sur la surface du Lac et y voir avec surprise mais sérénité les traits d’une Dame. Sa virilité n’était pas en cause et il a sûrement bien souvent encore tiré l’épée du rocher. Cette Dame en lui, non seulement il l’a acceptée, mais il l’a écoutée. Il l’a écoutée non seulement comme une conseillère, mais plus encore comme le messager de Dieu et lui a obéit avec intransigeance pour accomplir sa destinée à lui.

Loin de lui conseiller de se retirer dans la chaleur de ses appartements pour s’y abandonner aux joies de la poésie ou aux voluptés du thé entre copines, c’est elle qui l’a appelé à assumer ses responsabilités et à fonder la Table Ronde, à rassembler tous les cœurs suffisamment humbles et déterminés pour prétendre accéder un jour au Graal : flot du sang divin.

Rien de sanguinaire la dedans je pense ; sinon il aurait lancé un petit commerce de boudin sur les marchés. Et ça aurait fait ton sur ton avec les spécialités locales puisque, comme le savent tous les érudits, en Bretagne, on était alors « surtout forts en pommes ». N’empêche qu’il lui en a sûrement fallu des testi-balls au père Arthur pour s’imposer comme chef devant une bande de païens un peu golgoths dont la musique faisait pas forcément partie des mœurs. Et ça, en leur disant qu’une « bonne femme » lui avait parlé et qu’on allait voir ce qu’on allait voir ? Respect !

Les temps ont changés. Les fier-à-bras modernes ne se mettent plus sur la gueule à grands coups d’épée. Remarquez il s’échangent pas toujours des politesses non plus. Et même quand il le font, c’est pas toujours pour se témoigner respect et affection. Ça peut même tourner au concours. Il suffit pour s’en convaincre d’observer un peu les bobos : la connaissance supérieure qu’ont ces gens de l’art de ne pas faire un pet plus haut que l’autre, de toujours ménager à outrance la sensibilité des gens dont ils veulent s’attirer les faveurs, ou encore cette façon qu’ils peuvent avoir de surenchérir dans le bien-pensant : tout ça est très intéressé et sert de fondation à leur orgueil qui est une Tour dont ont ne voit plus le sommet, une répugnante Maison-Dieu bâtie dans un bois éco-responsable hors de prix, un simulacre d’amour-propre bricolé avec le tout venant d’une société où la compétition est constante et exacerbée par la taille démesurée des cités qui vous menacent sans cesse de plonger dans l’anonymat des relations interchangeables.

Bref, la distinction fait donc encore rage. Autant, peut être même plus qu’à l’époque où un homme se prenait pour le roi du pétrole parce qu’il pouvait défourailler tous ceux qui passait. De ce fait là, un certain nombre courants de la psychologie et de la spiritualité nous ont souvent incités à connaître et accepter notre partie féminine. Mais de toute évidence cette soi-disant « féminité » qu’on attribue à une part de nous est une pure vue de l’esprit façonnée par la culture de notre société. Ayons le courage de le reconnaître : les différences entre hommes et femmes se résument à très peu de choses, principalement physiques. Il paraît très douteux que le moi profond, l’âme, puisse être sexuée ; plutôt dénaturée par les préjugés d’une société qui divise en catégories, étiquette et donne un genre sexuel à tout et n’importe quoi. Grenadine pour les filles, menthe pour les garçons, vanille pour les filles, chocolat pour les garçons … Ridicule n’est-ce pas ?

Vu le rôle occupé par les média, notre « idéal » de virilité a donc plus de chance de ressembler à Steven Seagall qui distribue des taquets plus vite que n’écrit son scénariste qu’au Mahatmah Ghandi qui fait marquer des points au pacifisme en restant immobile, son petit corps de crevette enroulé dans un genre de drap qui le fait ressembler à un sac plastic accroché à un arbuste très noueux (je me demande si on s’est déjà arrêté pour lui demander « c’est combien ? »).

Notre société permet aux hommes de s’épiler les poils du nez ou des oreilles (non pas ce nez et ces oreilles là, enfin à la réflexion si … aussi …) sans que leur virilité soit vraiment remise en question et pourtant, quant on pense au héros … à quoi ont pense au juste ?… On pense souvent je crois :
– à un mec qui agit seul face contre une armée entière ou alors accompagné de gens mais à qui il dit tout ce qu’ils doivent faire, sans quoi ils seraient sans doute perdus ;
– à un gros con à qui on peut rien dire sans s’en prendre une, surtout si on a un accent russe ou arabe, que Stallone est en colère, ou qu’il poursuit un méchant en voiture en manquant de tuer une veille qui traîne le supplice de ses rhumatismes en même-temps que son caddy de commissions ;
– à un mec encore plus débile qui accède à la notoriété sans rien apporter de mémorable à qui que ce soit ;
– à un rebelle qui envoie tout le monde se faire foutre d’un revers de bouteille de Jack Daniel’s avant d’enfourcher sa moto les cheveux au vent, cheveux qui seront donc très probablement bientôt collés au bitume par le sang et la cervelle (et va pour la postérité!) ;
– à n’importe lequel de ces gars là ou à n’importe quel autre, pourvu qu’il se tape (ou peut se taper) tout ce qui bouge avec (environ) deux seins et une moule.
Reconnaissez qu’avec des options comme celles là, il vaudrait mieux que tous les mecs restent chacun chez soi, avec une collection de DVD de Seagall, de Siffredi et de James Dean. C’est bien moins risqué pour l’ordre public et la bonne santé de chacun.

Pour ne rien arranger, en fait de s’en remettre à la féminité comme conseillère, on ne peut pas toujours compter sur les femmes. Elles ont été éduquées à la même école que nous et trouvent souvent, elles aussi, que la gentillesse n’est pas virile et que le calme déterminé lorsqu’elles attendent un coup de sang paternaliste est la marque des chiffes-molles. Soyons honnêtes : le droit de baiser fait souvent aux hommes l’effet d’un Oscar décerné « pour l’ensemble de leur œuvre » et de leurs principes qu’il n’est donc plus besoin de perfectionner ou de remettre en question, alors qu’il n’est pas toujours très compliqué de trouver … disons « une chaussure à son pied » (« pas classe! »). Les femmes de leur coté n’ont pas toujours l’air consciente de cette responsabilité qu’elles portent un peu malgré elles. D’ailleurs ce serait peut être à nous d’en tirer d’abord les conséquences. Ce qui me paraît sûr, c’est que comme la vigne doit être stressée pour faire un grand cru, le jus de mes couilles a besoin de se faire désirer pour être un peu magique.

En résumé : être gentil, juste et droit dans ses bottes est un bon moyen de passer pour un looser sans couille. Aux yeux des hommes comme à ceux des femmes. Un câlin entre hommes ? C’est une cuti qu’on vire. Un pardon accordé à celui qui blesse parce qu’il est malheureux ? C’est un acte de lâcheté. Non, excusez moi : bien avant le pardon, le simple fait se demander s’il n’a pas fait ça par dépit et détresse plutôt que par égotisme et méchanceté, cette simple interrogation là, c’est déjà de la faiblesse. Génial !

Et qui peut dire qu’il se fout vraiment du regard des autres ? Qui peut affirmer sans amnésie même partielle, sans alcool et sans trembler des genoux qu’il n’a aucun besoin du regard des autres pour bâtir le sentiment de sa propre virilité ? Et si c’était le cas, aurions-nous tant besoin de l’espace de liberté que peur offrir un groupe d’ami partageant vos valeurs pour ceux qui veulent vivre leurs principes et leurs moi profond à repousse-poil total des valeurs inscrites dans l’inconscient collectif de la grande république de Sois-beau-fort-et-con ?

A bien y regarder, la virilité n’est peut être rien d’autre que le courage nécessaire pour envoyer tous ceux qui nous mettent des bâtons dans les roues ou du moins du poids sur les épaules en exerçant sur nous la force de ces préjugés là (et aussi de leur pardonner parce qu’ils sont un peu cons et très inconscients, mais gentils au fond).
A bien y regarder le gentil qui préfère ne rien dire et pardonner, prendre des coups sans en rendre, a sans doute besoin de deux fois plus de virilité pour agir comme il le fait.
A bien y regarder, avoir le courage d’écouter la Dame du Lac c’est retrouver retrouver une part de notre moi profond que nous avons bannie.

Pour ne rien arranger, pendant que je taille le bout de gras sur la virilité, aux États-Unis, des enfants meurent des balles qui les protègent de la tyrannie du roi d’Angleterre.

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Petit manuel de droit public à l’usage des première-année de droit qui souhaitent faire le reste de travers par P. Courroye mardi, Oct 5 2010 

TOME I – NOTIONS ESSENTIELLES

 

I – Le pouvoir.

A – Origine du pouvoir.

On a parfois considéré qu’il existe un pouvoir constituant. C’est inepte. Le constituant ne peut avoir de pouvoir puisque son impuissance est proportionnelle à l’importance de ce qu’il constitue. Si jamais vous en doutez, considérez seulement votre impuissance à destituer un souverain corrompu ou même un de ses collaborateurs en obtenant sa démission. Il peut vous rire au nez un doigt (si vous avez de la chance) dans votre cul, il sera là encore demain. Alors, vous voyez bien.

L’origine du pouvoir se situe chez le père. Ce qui est vrai pour Jésus l’est aussi pour les souverains africains, les présidents de l’EPAD et les marchands d’armes, sans oublier les aventuriers du siècle qui défendent l’empire constitué par papa des agressions sournoise de l’État vampire aux mains de la racaille bolchévique gavée de bière même pas belge et de star academy.

 

B – Nature du pouvoir

Le pouvoir est en fait triple comme chacun le sait. Il a trois composantes qui sont :

– le pouvoir répressif ;

– le pouvoir expéditif ;

– le pouvoir fiduciaire.

 

C – Équilibre des pouvoirs

Montesquieu a un jour songé que le fonctionnement des pouvoirs publics ne pouvait être assuré qu’à condition que les trois pouvoirs soient séparés (qu’ils puissent se tirer dans les pattes) et équilibré (avec la même force).

C’est ridicule. D’ailleurs Montesquieu lui même a arrêté de frimer avec ses théories pour finir sur un billet de banque qu’on a lui-même oublié. Et puis surtout considérez un peu l’admirable harmonie d’un pouvoir fiduciaire au dessus des autres :

Prenez un juge ambitieux. Approché par des puissants, il sentira l’odeur de l’argent (on sait depuis quelques temps déjà que l’argent a une odeur : celle du sexe ce n’est pas gentil de m’obliger à le rappeler). Ainsi appâté, pour plaire au nouvel objet de son désir, il cessera de transmettre (par exemple à la Cour de cassation) ou encore à un juge d’instruction. Au pire de son zèle, il demandera un non-lieu.

Qu’observe-t-on ? Eh bien que lorsque la Courroye ne transmet plus, c’est toute la machine judiciaire qui est en panne. Et que quand la machine judiciaire est en panne, la caravane passe.

Et elle passe quoi Debré ? Elle passe la frontière bien sur ! Direction la Rhumanie.

 

II – Inconvénients de l’imbrication des pouvoirs

L’inconvénient de ce système c’est qu’il requiert l’ablation préalable des testicueles du magistrat. Mais ne craignez rien vous qui vous destinez à la profession, l’ablation préalable des scrupules est indolore et a un effet analgésique sur cette seconde opération.

 

III- Le maintien du pouvoir

Le même résultat peut être obtenu sans douleur sur le constituant. Il suffira pour ça de le gaver de rêves préfabriqués par injection télévisuelle. Le siège de la volonté s’engorge et n’entend plus l’appel de la nature et donc de la rébellion. Cette première injection est toujours indolore, et la plupart du temps sollicitée par le constituant lui-même.

Résultat de cette première étape : le sujet cesse de vouloir être libre pour vouloir baiser des images de mannequins qui n’existent pas, pour avoir un 4×4, un nifone, du fiduciaire, voire à la rigueur (un cas somme toute assez fréquent) pour prendre la place du constitué et ainsi développer son aura fiduciaire. La plupart du temps cependant, il se contentera tout simplement de pouvoir continuer à se gaver de pétasses premier prix et d’images colorées pour ainsi débrancher une fois pour toute son encombrant cerveau.

Ainsi, nul besoin d’ablation. Les »noix » (c’est le cas de le dire) se racornissent et flétrissent pour finalement tomber comme à l’automne. L’opération inverse reste curieusement possible.

Une fois la procédure systématisée, le fiduciaire peut librement s’installer aux reines avec l’accord tacite de tout ce petit monde bien content de ne plus avoir à se prendre en main et d’avoir quelqu’un à blâmer quand ça va mal–la crise étant le nouveau nom de la mauvaise récolte, et Sarkozy celui d’un demi-dieu des moissons interchangeable.

 

 

La prochaine fois nous verrons comment faire un noeud coulant dans une foule en colère sans se prendre les pieds dedans et comment nationaliser la dette d’un escroc en faisant transiter l’argent du contribuable par un parti politique. D’ici là, j’ai bien peur qu’aux États-Unis, des enfants meurent des balles qui les protègent de la tyrannie du Roi d’Angleterre, et ce, paraît-il, grâce au pouvoir que leur confère le constituant le plus impuissant qui soit puisque mort depuis deux cents ans environ.

Le sentiment de bonheur jeudi, Sep 23 2010 

Grâce au très recommandable film d’animation de la facétieuse Tatia Rosenthal, on connaissait déjà le prix raisonnable du sens de la vie. Il n’était malheureusement pas précisé si celui-ci était échangeable par le consommateur déçu et insatisfait ; c’est que, voyez-vous, la vérité n’a pas de prix, surtout lorsqu’elle déplait.

Un nouveau saut anthropologique et ontologique est aujourd’hui franchi grâce aux apports conjugués d’un diseur de bonne-fortune et d’un oracle de la conscience, soit, en français moderne et scientifique, d’un « économiste » et un « psychologue ». Ils s’appellent respectivement Angus Deaton et Daniel Kahnman. Le premier est écossais. Le second israélien. Tout comme Tatia Rosenthal. Mais lui a un prix Nobel. Je ne crois pas qu’on décerne de prix Nobel aux saltimbanques. Il y a bien les Oscars, mais vu le niveau de leur jury je ne sais si c’est bien gratifiant. Bref. Je me rapproche de Miss Rosenthal et cela m’est bien agréable, mais je m’éloigne de mon sujet ce qui peut être fatiguant pour vous.

Ces deux savants donc, ont demandé à 450 000 âmes américaines de situer leur niveau bonheur en précisant leur revenu annuel. Ils mettent en évidence qu’au delà de 75 000 $/an, soit « à peine » 4 500 € par moi et par mois au taux de change de l’époque (2008-2009), l’augmentation est marginale. Autrement dit, plus le revenu du yankee se rapproche de ce seuil moins l’argent y est pour quelque chose dans le sentiment que cette personne a d’être heureux. Ce sentiment de bonheur est cependant différent de la « belle vie », précisent les auteurs. Et la belle vie, elle, semble plus probable aux copains américains lorsqu’il y a encore et encore plus de sous qui rentrent tous les mois.

J’entends d’ici les pasteurs de l’amicale de j’y-crois-encore fustiger les animistes du marchés en leur assénant leur litanie habituelle contre la société de l’argent pour recevoir en réponse l’autre litanie habituelle concernant le mérite, la motivation dans la vie et la « valeur travail ». Deux discours qu’il devient chaque jour un peu plus difficile d’écouter attentivement alors que je devrais de toute façon me lever demain pour aller gagner mon pain et que la mode ne cesse de raccourcir les jupes, les shorts etc., sans compter que j’ai découvert comment faire retrouver tout son charme à Charlotte Lebon grâce à la magie de la touche mute. Pauvre Quebec.

Mais élevons le débat voulez-vous ? Là, voilà, encore un peu plus haut … C’est parfait merci.

Ce qui est regrettable dans cette étude, c’est qu’elle semble passer à coté d’un fait des plus intéressant. Cette approche m’aurait parue plus riche si l’on avait interrogé les âmes en question successivement sur le niveau de bonheur ressenti, puis sur le sentiment qu’il leur est possible de parvenir à ce niveau de revenu. Car il me semble qu’en réalité l’argent ne fait pas rêver. En tout cas, pas lorsqu’il est durement gagné. De la même manière, si la notoriété est une fin en soi, le mérite, lui, est un accessoire tout à fait secondaire pour celui qui fait connaître son nom en gagnant, par exemple, un concours télévisé.

Sans compter que le sentiment de malheur, qui tout de même doit bien compter pour quelque chose la dedans est, lui, proportionnel au sentiment d’impuissance. Plus un homme se sent impuissant à agir sur son devenir plus il est sujet à la dépression. Tout le monde sait ça bien sur, mais parce qu’on tenait à le savoir scientifiquement, Monsieur Seligman a gagné des sous en en apportant la preuve dans les années 70.

Allons plus loin. Et si on demandait ensuite aux mêmes personnes sondées (quelle chance mesdames !) d’évaluer l’impression qu’elles ont de faire tout ce qu’elles peuvent pour maximiser leur bonheur puis, enfin, d’évaluer l’estimequ’elles ont d’elles-mêmes. On se rendrait certainement compte grace à la magie des sondages que les personnes qui ont un sentiment de pouvoir agir élevé mais un sentiment d’agir suffisament bas ont un sentiment de bonheur très relatif quelque soit leur niveau de revenu (rien de scientifique là dedans, je vous demande de vous en remettre à votre bon sens comme je m’en remets au mien).

Qu’observe-t-on ? Eh bien que si vous êtes un fonctionnaire approchant de l’âge de la retraite qui lui recule en même temps que le montant de la pension qui va avec, que vous avez de sérieux doute sur la votre capacité à obtenir que justice soit faite sur les affaires du présumé innocent Eric Woerth et qu’en plus vous faites rien de ce qui est en votre pouvoir pour l’obtenir parce que vous avez peur pour votre emploi, eh bien vous feriez bien de vous habiller en rose et de vous (re)matter le magicien d’Oz avec Judy Garland en vous gavant de chocolats fourrés au tranxène sous risque de nous faire une petite déprime.

En attendant, pour se détendre, on pourra toujours voir ou revoir le très chouette film de Tatiana Rosenthal : « Le sens de la vie pour 9,99$ ».

Pendant ce temps là, aux Etats-Unis d’Amérique, des enfants meurent des balles qui les protègent de la tyrannie du roi d’Angleterre.

La solitude du Virgile lundi, Sep 20 2010 

Écoutez mon conseil : « Méfiez vous de ce que vous désirez, parce que ça pourrait bien vous arriver ».

Ce n’est pas le pauvre roi Midas qui m’aurait contredit. Il était certes un peu con, mais beaucoup moins tyrannique que le Roi d’Angleterre dont le spectre plane encore si lourdement sur l’esprit des américains (coté N.R.A.) que je me demande si on ne devrait pas le blâmer pour la guerre qui ravage l’Irak.

Midas était un peu con mais pas méchant. A vrai dire il était plutôt ce qu’on appelle une bonne pâte. Alors, quand un soir il trouve le vieux Silène (un ami de Dionysos) chargé de vinasse au stade terminal, il ne se fait pas prier pour lui offrir un peu de son confort, histoire qu’il puisse dessoûler de l’apéro géant du mot Olympe. Silène quant à lui est peut être un poivrot, mais jamais ingrat. Il lui promet donc d’exaucer un de ses vœux. On avait pas encore découvert l’Ipad et encore moins son utilité. Aussi Midas choisit-il de pouvoir transformer les choses en or par son simple toucher.

Au début, Midas s’est cru très malin. Son histoire sentait bon les gros sous , et, Midas, il aimait ça les gros sous. Non pas qu’il fut particulièrement cupide. Simplement, l’espoir d’une vie plus simple s’étalait devant lui. Une vie qu’il aurait sûrement gâchée  en achetant tout un tas de choses inutiles pour faire jaser les copains avec qui il aurait perdu peu à peu le sens du contact si une chose plus terrible encore ne l’en avait écarté. Car ce qui horrifia Midas, c’est de voir la nourriture et l’eau se changer en or à son contact. Eh oui : si Silène avait exhaussé son vœux, c’est sans prévoir les options du type estomac d’acier, sucs gastriques façon Alien, et, pour aller avec tout ça, le pot d’échappement en chitine traitée au Téflon sans lequel Midas aurait fini chez Speedy*.

Je ne vous raconte pas la fin. Si vous voulez quelqu’un qui spoil un mythe 3 000 ans à peine après sa sortie, allez donc demander à un odieux connard. De toute façon ça n’est pas très intéressant. Ce qui est intéressant, c’est qu’ils sont des milliers comme Midas, à vouloir à tout prix changer ce qu’ils touchent en or. Prenez les réalisateurs de cinéma par exemple. Vous croyez peut être qu’ils veulent simplement raconter une bonne histoire, être bon et reconnu pour ça ? Mais non ! Enfin si. Enfin certains d’entre eux du moins. Mais ça ne leur suffit pas ! Non, il faut en plus que ça. Je ne parle pas tant d’argent que de notoriété. Mais là, le procédé est le même.

Et justement, dans « Le Choc des Titans » Louis Leterrier a lui aussi repris un vieux Mythe. Celui de Persée (ne cherchez pas de titan dans le film il n’en est pas question une minute, comme beaucoup de choses dans ce film, le titre est juste à pour « faire bien »). Il a trouvé tout un tas d’idées pour qu’on ne s’ennuie pas en le regardant. Et il faut bien avouer que ça remue, qu’on en prend plein les yeux. Pourtant, en le regardant, je n’ai pu m’empêcher d’éprouver une certaine déception. Comme un vide dedans moi. Notez que je ne m’étais pas collé devant ce blockbuster dans l’espoir de me cultiver. Comme tout un chacun j’apprécie de temps à autre de pouvoir me débrancher le cerveau. Oui, mais là, enfin, Persée quand même …

Le drame dans tout ça, ce n’est pas qu’on se serve des mythes pour en faire une sotte histoire de mec qui a des noix en béton. Non. D’ailleurs Louis Leterrier ne fait rien de mal, et ce qu’il fait, il le fait plutôt bien. Son film n’est qu’un prétexte ici pour mon propos. Non, ce qui me chagrine, c’est qu’à force de le faire, à force de manger du mythe en bluray, de la spiritualité à 12€ (merci Bernard Werber grâce à toi je me sens intelligent sans réfléchir et spirituel sans avoir à m’élever) à force que ce soit « juste » pour passer un bon moment, j’ai comme un doute sur la capacité du quidam à comprendre les mythes le jour improbable où il décidera de s’y mettre. Et il faut tout de même bien dire que transformé en or hollywoodien, le mythe rassasie moins. En fait il cesse d’être un mythe. Et même je me demande si M. Leterrier saurait encore dire ce qui, au départ, l’avait touché dans le mythe de Persée.

Il y en a qui ont bien compris ça. Il y en a qui tant bien que mal essaient de recréer du mythe. Alors c’est sur, le « Blueberry »de Jan Kounen n’est pas aussi tappe-à-l’oeil que « Le Seigneur des Anneaux » de Peter Jackson. Le Livre V de la série « Kaamelott » n’est sûrement pas aussi bidonnant que le Premier. Mais Jan Kounen comme Alexandre Astier ont quelque chose qui me rassasie, moi. Et puis il y a Vincent Ravalec qui sort un nouveau bouquin et qui fait ça très bien aussi.

Alors voilà, j’étais content de faire un peu de publicité à ces gens là et même si Astier n’en a pas besoin, pendant qu’aux Etats-Unis d’Amérique, des enfants meurent des balles qui les protègent de la tyrannie du Roi d’Angleterre.

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*attention si vous pouvez rire à ça alors, c’est que vous n’êtes plus un jouvenceau.

Comment se faire plaisir avec un procès imaginaire mardi, Sep 14 2010 

L’assistance grave dévisage l’accusé dans son boxe ; le juge fait son entrée dans ce tribunal dépourvu d’estrade en finissant de gratter un ticket de millionnaire

Le juge : et merde encore paumé, l’a intérêt à être en verve l’avocaillon de la défense.

L’assistance ne se lève pas, mais le juge passe entre les ranges et serre quelques mains au hasard.

LJ : Bien merci à tous d’être là, nous allons pouvoir commencer, aujourd’hui donc c’est … (il lit l’étiquette du dossier comme s’il le découvrait afin de créer un effet très « cinema ») M. Woerth ! Vous ici !?

Woerth : oui M. le juge, et à ce propos …

LJ : Non, mais je demandais comme ça, taisez vous. Enfin il me semble qu’on vous voit beaucoup dans les tribunaux ces temps-ci …?

W : … ?

LJ : Oui bah répondez là !

W : Euh … non, c’est la première fois monsieur.

LJ : La première vous dites ? Ah oui … peut être. Je dois confondre avec un ami à vous.

W : Ca c’est possible

LJ : Oui bon, bah maintenant vous y êtes en tout cas. Voyons de quoi vous êtes accusé. (après un temps de lecture il siffle) Ah ouais quand même. Vous avez pas chômé. Vous êtes quand même sacrément présumé innocent de beaucoup de chose !

LJ : C’est les journalistes m’sieur. C’est rien que des bobards et de l’acharnement de journalistes.

LJ : Les journalistes ? J’ai une tête de rédac’chef ?

W : Non c’est pas ça mais …

LJ : Et le procureur ci présent vous le croyez payé à la pige ?

W : Je … !

LJ : Et le juge d’instruction ?

W : Ah bah là, un peu quand même ! Excusez moi !

LJ : Un peu quoi ?

W : Bah, les journalistes ont pas mal fait son boulot quand même.

LJ : Pas faux. C’est vrai que c’est bizarre qu’ils se mettent à faire leur travail ; mais bon, on est d’accord vous nagez en plein délire de persécution ?

W : Je délire pas m’sieur !

LJ : Vous y croyez vraiment ? Faut vous faire aider mon vieux ! Restez pas comme ça vous vous faites du mal !

W : Non c’est pas ce que je voulais dire. C’est que, voyez vous, c’est plus une stratégie qu’un sentiment.

LJ : Une stratégie vous dites ?

W : Bin oui, vous voyez on répétant que c’est faux, que c’est de l’acharnement et que les journalistes et (sauf votre respect m’sieur l’juge) les juges font rien qu’à embêter les honnêtes gens qui travaillent pour le bien de tous, eh bah ça devient vrai.

LJ : N’importe quoi ! Vraiment vous délirez l’ami ! D’abord si j’en crois ce que j’ai sous les yeux vous avez surtout travaillé pour vous qui n’êtes pas honnête et puis surtout il ne vous suffit pas de le répéter pour que ça devienne vrai.

W : Alors là je vous arrête !

LJ : Quoi, vous avez travaillé pour la communauté peut être ?

W : Non, bien sur que non … enfin si un peu … enfin j’ai des gens payé pour ça, mais ce que je veux dire, c’est qu’il suffit de le dire pour que ça devienne vrai. Ça, c’est sur. Prenez les radios. Elles diffusent de la soupe mais à force de répéter que c’est génial et que tout le monde écoute déjà ça, eh bien les gens écoutent ça et finissent par trouver ça génial. L’important c’est de faire du bruit vous voyez. Du bruit sur le ton de la conviction.

LJ (perplexe) : Euh … Ok. Touché … Bon c’est pas tout ça mais si vous voulez être à la Santé pour l’heure de la soupe il va falloir qu’on attaque.

W : Eh je vais pas à la Santé ! Je suis présumé innocent !

"Pas bien M. Woerth" (image chipée à Xavier Decana qui me punira très fort)

LJ : Ouais, ouais, ça va vous braquez pas, c’est juste un procès imaginaire pour le blog d’un contribuable qui en a gros de voir ses dirigeants politique la lui faire à l’envers entre deux leçons sur les valeurs travail et mérite. Bon, je vais vous lire l’ensemble des chefs d’accusation, vous me dites comment vous plaidez et on les reprendra un par un pour le détail. (Il sursaute et balaye la salle du regard) Mais au fait ? Votre avocat n’est pas là ? Vous assurez votre défense vous même ?

W : Beh oui, c’est que maître Lefebvre n’a « aucun commentaire à faire » sur une affaire en cours.

LJ : En même temps c’est quand même un peu le lieu et le moment pour ça. C’est un peu facile ça. Mais bon c’est vous qui voyez. Au fait moi je ne juge que les entorses à la morale, à l’éthique et grosso modo à tout ce qui fait d’un homme un homme digne de ce nom, pour les infractions au code pénal vous verrez avec Courroye.

Woerth rigole

LJ : Oui bah ça va ! Donc, on a : Abus de pouvoir.

W : Ça non coupable !

LJ : Abus de confiance.
W : Mais pas du tout, non coupable ! Déconnez pas, je vais plus être invité à dîner chez Courroye sinon !

LJ : Enrichissement sans cause.

W : Ah mais il y a une cause, elle est peut être scandaleuse, mais il y en a une ! Vous pensez bien que sans ça j’aurais pas fait raser une zone boisée non ouverte à la construction.

LJ : Coupable alors ?

W : Bah … Non. Ah si ! Si en fait vous avez raison …. C’est marrant !

LJ : Hilarant. Détournement total de l’esprit de la loi sur le financement des partis politiques par le recours au système des micro-parti.

W : Ils le font tous !

LJ : Je note donc « coupable ».

W : Je valide.

LJ : C’est très drôle ça aussi, tiens. Atteinte probable à la morale en faisant pression sur une femme dont votre gouvernement à fait libérer la fille retenue en otage peu après que vous ayez obtenu d’elle le financement d’un micro-parti.

W : Joker.

LJ : Bien joué.

W : Merci.

LJ : Non vraiment je pensais que vous l’utiliseriez dès le début.

W : J’ai failli.

LJ : C’est gentil de le dire.

W : Je le penses.

LJ : Vous me flattez grand fou.

W : Mais pas du tout je …

LJ : Bon ! Trahison de la confiance populaire.

W : Euh .. ça coupable, mais notez que je m’en fous …

LJ : Je veux pas le savoir. Atteinte lourde et grave au sentiment de citoyenneté.

W : Coupable si ça vous fait plaisir …

LJ : ô le pénible il va arrêter de faire son arrogant !? J’aurais jamais du vous prévenir que c’est un procès bidon ! Bon et atteinte au mauvais goût en se pavanant à coté d’une femme portant des tenues couteusement ridicules et ridiculement couteuses ?

W : Oh vous êtes rosse vous, ça lui fait plaisir de montrer qu’elle a plus de pognon que ceux qui ont un vrai travail trouvé sans le détournement du pouvoir de l’appareil d’Etat. C’est que quand elle était petite ses parents la poussaient beaucoup sur la compétition tout ça …

LJ : Pauv’gosse ! Non mais je déconnais, c’est pas un crime, j’avais juste envie de la tailler un peu.

W : Je trouve ça misogyne et déplacé !

LJ : Oui mais c’est mon blog.

W : Tant qu’on en parle si je peux me permettre un conseil sur le titre là …

LJ : Non tu peux pas canaille cromwellicide !

W : Quoi ?

LJ : Rien, on va passer à l’examen des chefs d’accusation.

W : Vous y tenez vraiment ?

LJ : Bah ça va être un peu long et pénible pour nous deux mais c’est la procédure …

W : Non je demande parce que moi si vous y tenez je vous signe un machin en blanc et je vais imaginairement dans votre Santé imaginaire pour ce que j’en ai à foutre.

LJ : On dit oniriquement.

W : Hein ?

LJ : On dit pas « hein » on dit « comment ».

W : Qu’est-ce que vous dites ?

LJ : Rien je dis que votre costume cravate et vos beaux discours masquent de plus en plus mal que votre tête de puceau premier de la classe renferme un esprit vulgaire et des idéaux au ras des pâquerettes.

W : Oh vous savez moi si je fais de la politique c’est surtout pour pouvoir tromper ma femme avec d’autres qui sont mieux faites.

LJ : Ça par contre c’est misogyne.

W : Bah ! Faut bien que je vous lâche quelque chose, déjà que vous allez retourner travailler demain pour gagner en un mois ce que je touche en une seule semaine. Et encore sans les à-côtés ! (il fait un clin-d’oeil complice au juge). Pendant ce temps là moi j’irais déjeuner chez Nico avec Courroye.

LJ : Vous m’écœurez débarrassez moi le plancher !

W : Oh eh ça va détendez vous ! Y’a des choses plus graves !

LJ : Vous pensez à quoi ?

W : Bah songez un peu que pendant qu’on parle, aux Etats-Unis d’Amérique, des enfant meurent des balles qui les protègent de la tyrannie du Roi d’Angleterre.

LJ : Comme c’est curieux ce que vous dites !

W : C’est cet article qui est curieux. C’est n’importe quoi ; et mal écrit avec ça.

LJ : Vrai, mais ça change un peu des délires cousus de phrases interminables.

W : On est au moins d’accords là-dessus …

Woerth va à la santé où il obtient l’autorisation des paris sur les olympiades de douche moyennant une belle commission et un emploi au PMU pour son camarade de cellule

Les femmes et les enfants d’abord ou les aventures de Django en centre de rétention administrative mardi, Août 10 2010 

J’ai peur. Pour la première fois de ma vie, j’ai peur. Peur de devoir aller demain au front, combattre l’ennemi scélérat, peur que ma vie s’arrête à 1 000 m/s (« la vitesse d’une balle de fusil typique » si j’en crois Wikipédia) et ça sans avoir vu les œuvres complètes de Desproges enfin éditées chez La Pléiade, à côté du Divin Marquis. Si je délire ? Mais pas du tout !

« Ce qu’il nous faudrait c’est une bonne guerre ! » s’emporte parfois le coloquinte occidental sorti de sa torpeur de ravioli en boite par, au choix : les vapeurs de la bile, la défaite des bleus en Afrique du Sud, les vapeurs de la Suze, le chômage qui monte, la passion de la jeunesse pour les métiers d’usine qui baisse, les vapeurs de fines herbes d’un punk à chien, la dureté du travail avant la solitude de la retraite, les vapeurs qui lui gonflent l’estomac, les statistiques douteuses des politiciens qu’on ne peut jamais vérifier, ou celles de l’espérance de vie des cancéreux qui, elles, se vérifient presque toujours.

Eh bien, ça y est. Enfin. Depuis le 30 juillet 2010. Et je ne parle pas de cette guerre en Afghanistan qui n’intéresse personne : preuve que ça ne vaut pas le coup d’y mourir. Non cette fois on s’est trouvé une bonne raison de faire des orphelins. Il faut dire qu’on a cherché fort. Et longtemps. Depuis le temps qu’on la réclame !
Ce vendredi là, devant un pare-terre de journalistes en pot, le Chef Suprême des armées de la République française a déclaré une guerre nationale (infiniment plus ludique et électoralement payante que la guerre civile où c’est le bordel). Et pour que tout le monde comprenne bien que c’est pas pour de rire, il s’était flanqué d’un grand brûlé. C’était une gueule cassée, un pauvre type à l’air sinistre, drapé dans la dignité de son silence et d’un costume de grand couturier. Il était là, sans doute, pour bien montrer que lui n’avait pas attendu le son du clairon, qu’il s’était déjà lancé à corps perdu dans la bataille sans même hésiter à sacrifier sa superbe pour la gloire des deux couleurs et du petit arbre devant. Du moins je l’ai cru un temps. En fait, il était ministre de la guerre intérieure. Son hobby : regarder passer les voitures et appeler les inspecteurs des impôts. Le genre qu’on oublie d’inviter quand on fête le baptême du petit. Des fois qu’il s’étonne devant l’argenterie de mémé.

Pout en revenir à notre guerre, l’ennemi n’est pas très clairement identifié : on ne sait pas grand chose de lui. C’est un délinquant. Fiscal notamment. Il vole des poules pour acheter de grosses voitures. Et des îles sans doute. Il parait qu’il tire parfois sur des agent de police. En tout cas il enfreint la loi. Et pas celle relative au financement des partis politiques. D’ailleurs quand bien même il s’attaquerait à cette loi là, il le ferait sans le doigté qui distingue les gens biens aux yeux d’un juge car il ne comprend rien au droit français. Il paraît que c’est parce qu’il est étranger. Parce qu’il est étranger et mal intégré. Mal « régulé ».

Notez, je n’ai pas tout compris tant j’étais sonné de connaitre à mon tour une grande guerre contre l’ennemi à l’intérieur du pays. Ce que j’ai compris, c’est qu’il faut 300 camps de gitans illégaux pour uriner sur un seul feu de népotisme, des milliers de gitans pour souffler l’explosion d’un bombe médiatique. Je dis « gitans », « manouches » ou à la rigueur « roms » et pas « gens du voyage ». C’est que, voyez-vous, j’exècre les périphrases aseptisées du politiquement correcte. Elles désenchantent le monde aussi surement que l’évocation d’un siège de WC de TGV lors d’un diner aux chandelles. Alors, dans le même esprit, permettez que je dise « népotisme » ou « financement occulte de parti politique » et pas « Woerth-Bettencourt » ?

Tout de même. Avec un ennemi qu’on sait vaguement délinquant et qui en somme pourrait être notre voisin, un ministre de la guerre intérieure qui compte les autos et une bande de nomades en guise de vitrine, je me demande bien à quoi ressemblerait un héros de cette guerre là.

Pendant ce temps là, aux États-Unis d’Amérique, des enfants meurent des balles qui les protègent de la tyrannie du Roi d’Angleterre.

Les anthropophages lundi, Juil 19 2010 

Dans notre société encore sauvage où la réussite tient à cœur –surtout chez les parents qui contaminent généralement leur progéniture de cet affection vasculaire– nombre d’entre nous s’interrogent sur ce qui distingue l’homme de la rue, du louzeur et du ouineur. Afin d’apporter un peu d’aide à ces gentilshommes, bien compréhensiblement égarés par les mutations incessantes d’un monde épileptique, qu’il me soit permis de jeter ici un peu de lumière à ma façon –c’est à dire dans un long chaos de parenthèses, de tirets et de virgules, mais toujours scientifiquement.

Le ouineur (ou « winner », de l’anglais « wiener ») est un mammifère bipède des régions hypercaloriques du globe. Social, il n’est pas toujours sociable. Il est présent de manière discontinue dans les grandes villes et sur les fronts de mer, dans des habitats généralement assez vastes et haut perchés. Sa femelle est la greluche, parfois la greluche à tête brune aussi appelée greluche-Bruni(e). Le petit du ouineur est appelé Jean-Charles, Kevin ou par la bonne quand c’est l’heure de manger. Son pelage varie selon les saisons. A cinquante ans tout au plus, il se pare d’une montre très lourde et tape-à-l’œil qui l’empêchera de flétrir et de s’étioler. Car, oui, le ouineur a la santé fragile.

Passée cette définition sommaire, l’anthropologue risque de s’égarer. Car le ouineur est très imprévisible dans ses formes. Ainsi, on serait tenté d’ajouter qu’il voyage généralement derrière le louzeur (ou looser du franglais loose-heure, celui qui aime ses heures perdues) qui le mène, ou sans lui mais alors dans un véhicule convertible aux nombreux cylindres. Cependant force est de constater que le procédé darwinien de l’évolution a mis à bas ce qui était encore, il y a peu, une caractéristique. Il y a par exemple de nos braves nouveaux jours, des ouineurs à turboréaction. Voilà qui est décontenançant pour l’observateur.
Les mêmes auront pu constater que le cri « bouche en cul de poule » qui a longtemps signé ses parades sociales, a été peu à peu remplacé par un anglais approximatif qui ponctue ses phrases faites d’un français lui-même de plus en plus approximatif.
Il faut donc procéder avec méthode pour, là, accepter de renoncer à caractériser le ouineur par ses modes migratoires et, ici, prendre le recul nécessaire pour, eurêka ! saisir enfin que le cri caractéristique de cet animal est le mépris.

Quant à ses modes sociaux, le ouineur en a de tout à fait surprenants. Les glandes bancaires situées dans son portefeuille sécrètent une phéromone appelée « pognon » (du grec « pandanlognon »). Celle-ci exerce une attraction considérable sur ses semblables des deux sexes. Pour cette raison, il n’est jamais seul pour céder à sa fantaisie, ce qu’il fait dans des lieux mondains et très couteux. En effet il ne lit jamais, regarde peu la télévision et préfère les spectacles de chiens savants.

A l’instar du chimpanzé et du percuteur de 367 magnum, le ouineur ne croit pas en dieu ou alors c’est qu’il se confond avec. Il porte certes une croyance magique envers le pognon qu’il pense capable de générer le bonheur, mais sans même espérer l’emporter au paradis ; la Nature est bien faite. Au demeurant, à l’approche du moment où, justement, il saura très vite si oui ou non il est une vie après la vie, les glandes bancaires du ouineur se racornissent et n’ont plus guère d’effet. Pour cela il trépasse souvent seul ou mal entouré. Cet effet peut néanmoins rester spectaculaire sur la progéniture ou la femelle qui en eux pourront continuer à en profiter après le trépas au moyen d’un rite nécrophage bien connu et généralement imposé autour des 50% –cela dépend beaucoup des compétences de l’avocat fiscaliste, un autre mammifère passionnant avec lequel il vit en symbiose.

Pourquoi cette quête frénétique de la ouine ? Là, l’anthropologue le cède au biologiste. Une fois encore c’est chez Darwin qu’on cherche la réponse : c’est sans aucun doute l’évolution qui a conditionné un singe plus coriace que les autres, à vouloir s’élever aux dépens de ses semblables lorsque c’était utile. Le mépris préserve du scrupule. Or, dans les économies de subsistance le scrupule peut préserver de la faim voire de la fin. Et ce même conditionnement darwinien fait crever son monde de sinistrose, de solitude, de dépression et de cynisme, à l’instar du réflexe mal dosé qui en pousse d’autres à se gaver bien après la satiété. C’est l’anthropophage de Gainsbourg qui tapi dans notre œsophage se met dans la tête de nous empoisonner, c’est l’enfant égotiste qui crie de peur dans l’effrayante obscurité d’un monde sans soleil.

C’est ainsi qu’une senteur de sapin semble nager autour de la Bettencourt que ses glandes bancaires abandonne et pendant ce temps là, aux États-Unis d’Amérique, des enfants meurent des balles qui les protègent de la tyrannie du roi d’Angleterre.

Femina anima est lundi, Juil 5 2010 

Le génie occidental ne cesse de produire les débats échaudés qui détournent l’esprit humain des choses futiles et malsaines telles que le sexe opposé, le malheur des parents seuls ou les joies gratuites d’un moment de complicité silencieuse entre copains. Ainsi, il le hisse au niveau des choses essentielles : Pourquoi Domenech a-t-il emmené en Afrique une équipe de sales gosses démotivés ? Pourquoi la Boutin déboutée et dégoutée d’avoir été boutée hors de ses mandats nous fait un bout d’boudin ? A quoi ressemblent les vacances des stars qui chantent mal ou nous emmerdent dans des scénarii téléphonés ? Comment les aspirateurs Dyson peuvent-ils sérieusement garder si longtemps leur force d’aspiration ? Zahia Dehar pourra-t-elle en dire autant ?
Ah, j’oubliais le prix du Super-sans-plomb 95, sujet le plus essentiel qui soit depuis la suppression du Super-plombé.*

Mais ces justes sujets de méditations profondes sédimentent les uns sur les autres -et dit comme ça ils nous rappellent un peu les choses futiles susdites- sans qu’aucune réponse ait pu être apportée au précédent et ainsi de suite. Ainsi va la culture, mais toujours reste dans l’abîme la terrible vérité de l’ici-bas -non pas si bas enfin, vous me gênez !
Aussi ai-je décidé d’apporter au monde ma modeste contribution à l’inéluctable avancée du genre humain sur les voies de la sagesse. Inéluctable comme l’ont démontré la rationalisation croissante des débats politiques, la pacification grandissante des mœurs religieuses un peu partout dans le monde et la victoire de l’Allemagne à l’eurovision. Et j’ai décidé de le faire en rouvrant un de ces débats injustement oubliés qui en sédimentant ont composé le limon fertile de la grandeur culturelle de l’Occident : les femmes ont-elles une âme ? Et qu’on ne me dise pas que le synode de Mâcon de 585 a réglé la question des siècles avant qu’on ne brûle les dernières sorcières outre-atlantique. De surcroît comment ne pas mettre en doute la parole de gens qui vénèrent la virginité ? Je suis réserve et je dis « beurk » !

Alors, oui, je sais, les féministes anthropophages (il paraît que le Dr Van Helsing s’intéressait de près au cas de Mme Alonso avant que le maître chansonnier ne lui lime les ratiches) ne vont faire qu’un bond avant de me taxer de tout un tas d’injures discréditantes et expéditives qui me feront passer pour un monstre imbécile et pitécanthrope**. Mais n’y voyez aucune discrimination. Non, car voyez-vous, je me suis longtemps posé la même question pour l’homme, notamment lorsque j’ai appris ce que le nazisme a fait aux juifs et l’alcool à Serge Gainsbourg -sans parler du cancer à mon très cher Desproges.
Si j’ai un jour cessé de m’interroger ce n’est pas par machisme. Ni par orgueil masculin -oui je suis doté d’un pénis. Ni même au nom d’une quelconque fraternité masculine (en réalité souvent bien plus difficile à établir dans ses prémices que l’accouplement dans ses développements). Non, si je suis aujourd’hui rassuré à ce sujet, c’est que, comme presque tout un chacun, j’ai vu des hommes pleurer en 98 lorsque l’arbitre a donné le coup de sifflet final et scellé enfin la victoire des bleus.
Voila, du coup l’incident est clos et on peut oublier les horreurs dont je parlais pour en revenir à notre sujet.

Procédons rationnellement en commençant par délimiter notre sujet.
Pour la femme c’est facile, elle a des limites bien définies : 1. l’épiderme qui sépare sa chaire adorable du reste du monde (en cas de pudeur ou de timidité un vêtement occultant ou une bombe lacrymogène peuvent également remplir cette fonction); 2. sa patience devant une lunette de toilette relevée qui délimite la cohabitation viable de la relation sans avenir; 3. son amour des âmes d’enfant et son dégoût des immatures qui remplissent les mêmes fonctions que la lunette de WC mais dans une perspective plus sentimentale.
Pour l’âme c’est plus coton, et je suis tenté de me tourner vers wikipedia qui nous dit que l’âme est définie par certains courants religieux comme « principe vital, immanent ou transcendant, de toute entité douée de vie, pour autant que ce principe puisse être distingué de la vie-même ». Ils n’ont pas encore inventé wikipedia pour les cons et j’en suis vexé car la suite s’annonce difficile alors que je n’ai pas encore la moindre idée de la manière dont je vais boucler cet article.
Bref. Grâce à ce procédé méthodique nous pouvons au moins poursuivre sans risquer un malentendu tant on voit bien désormais que ce qu’on appellera ici une femme n’est pas un homme ou un fer à repasser, ni l’âme un extrait de rock « emo » qui, lui, n’a rien de vital ni de transcendant.

L’analogie a ses limites et il serait hâtif de conclure que la femme n’a pas d’âme parce qu’elle n’a pas pleuré en 1998. A l’évidence, tout le monde ne pouvait pas ressentir instinctivement la terreur face à ce qui était pourtant devenu inévitable : on allait nous bassiner avec ça pendant des mois. D’ailleurs certains hommes n’ont pas pleuré, j’en ai même vu se passer la liesse autour du coup !

Oublions donc l’analogie pour lui préférer l’observation rigoureuse et scientifique.
Prenons plusieurs femelles. Un premier groupe aura par exemple décidé pour son bonheur un remède extrême en laissant libre cours à son extravagance et à son humour décapant dans un spectacle de nu « new burlesque », tout ça dans un voyage incessant ponctué de champagnes dégustés dans le hall d’hôtels plus ou moins accueillants. La femelle témoin aura quant à elle conspué d’ex-futur filles mères à la sortie d’un planning familial.
On observe donc et qu’observe-t-on ? Eh bien que les premières ont un net avantage sur la seconde. Que les sourires spontanés de leur fantaisie d’enfants mal dégrossies, leurs défauts assumés et hurlés à la face de qui les emmerde, leur imprévisibilité irresponsable, et d’une manière plus générale leur amour de soi et de la vie semblent leur donner une divinité bien plus consistante que la grenouille de bénitier qui tire sur les ambulances les gros boulets de leurs certitudes moralistes et prétendues paroles de Dieu.
On en déduit qu’il y a un rapport pattent entre la vie et l’existence d’une âme ce qui nous rapproche de la définition de wikipédia mais que cette âme la n’est jamais acquise à « toute entité douée de vie » et sans doute pas dès le départ, ce qui nous éloigne de wikipedia et donne une bonne raison supplémentaire de dire merde aux dites grenouilles. Du coup on ira voir « Tournée », le film magnifique, drôle et tendre de Mathieu Amalric.

Je propose donc d’en rester là et d’accorder à la femme le bénéfice du doute et ça pour tout un tas de bonnes raisons : parce que demain est un autre jour qui apportera son nouveau débat (par exemple, on pourra jaser sur la réussite de Marc Zuckerberg, créateur de facebook bientôt conspué dans un film à l’intérêt sans doute évident), par flagornerie intéressée, parce que demain je me lève très tôt, parce que comme je vous l’ai dit la définition de wikipedia (pas plus que celle du petit robert) ne m’ont beaucoup aidé pour boucler en beauté et surtout, surtout, surtout ! … parce que pendant ce temps là, aux États-Unis d’Amérique, des enfants meurent des balles qui les protègent de la tyrannie du roi d’Angleterre.

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* les lunettes 3D sont bien jolies mais l’urgence, la vraie, réside dans l’invention de verres correcteurs qui permettront à tout un chacun de distinguer les jeux de mot capilotractés ; la seule qui pourra me sortir de la solitude glacée où me maintient encore souvent mon humour ras-des-paquerettes.
**le pitécanthrope est un maillon de l’évolution qui mène du singe à l’homme sans emprunter les boulevards périphériques.

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Croyances étranges jeudi, Juin 17 2010 

Les Tarahumaras sont un peuple fascinant. Ils peuvent marcher voire courir pendant des journées entières, engloutissant des quantités phénoménales de sentiers plus ou moins clairement tracés et ça, sans coussin d’air dans leurs baskets, sans dé en mousse au rétroviseur ni subwoofer de 200 Watts.

Ils s’appellent entre-eux « ceux qui marchent droit » dit-on. C’est que pour ces paisibles hommes, bien marcher est le signe qui permet de reconnaître un esprit sain dans un corps sain.  Moi qui n’outrepasse que trop rarement les quatre cents pas par jour qui séparent mon domicile de mon lieu de travail, je puis témoigner de l’hygiène du principe.

C’est pour les mêmes raisons, je pense, que de notre côté de la valle del cobre (à gauche après la sortie de Tijuana puis tout droit pendant 15 OOO km et jusqu’à l’entrée de l’autoroute A6) d’autres peuplades qui n’ont rien contre un peu d’air dans les souliers ou dans le jus de houblon vont entamer une longue retraite entre Bastille et Nation. Enfin ils vont marcher pour une histoire de retraite. Il y’a aussi une croyance magique chez ces gens là. Une croyance qui les convainc que leur marche va faire apparaître des sous. Quarante-sept milliards exactement. C’est encore plus qu’une marche à Cannes, beaucoup beaucoup plus que la marche contre la mucoviscidose.

C’est à cause de leur shaman qui n’est pas très bon. A vrai dire à l’accoutumée ils ne marchent que très peu eux ; sauf pour aller à leur travail, vider des bocks avec les copains ou taquiner le jupon du côté du pont des arts. Mais là le shaman n’est vraiment pas très bon. Il a eu son petit succès un temps alors qu’il était dans le commerce collectiviste de sous-marin, ou lorsqu’il employait les agents de police à faire aller voir les filles de joie dans les forêt de la grande ceinture pour voir s’il y était. Mais depuis il faut reconnaître qu’il baisse et pas seulement des mannequins.  Alors ils arrêtent tout ça, ils changent leurs petites habitudes et ils marchent. Ils font une retraite pour marcher, ou une marche pour les retraites, je ne sais plus, ça m’énerve, et* je commence à songer que les rares culture survivantes à la colonisation colombienne sont parfois plus facile à saisir dans leur lucidité que mes voisins de quartiers et collègues de travail dans leur croyance en un sortilège qui leur apportera la félicité de la retraite sans la souffrance du tripallium.

Je le dis avec autant de conviction que toutes les cotisations qu’ils refusent de verser sont autant d’argent en moins pour financer ma retraite à moi. A moi qui viens de « rentrer dans le marché du travail » comme disent les poètes. Et ça ils s’en moquent les sales vieux ! Eux, déjà virtuellement charognes, vieilles biques, gâteux, gâtés, flétris, mous de la cafetières, finis, grabataires, sucreurs de fraise, adorateurs de jeux télévisés, vieux cons, vieux rances, vieux débris, vieux singes, bouffeurs de viagra.

« Et la solidarité ? » reprochent-ils avec l’assurance d’un économiste-vaudou qui vous attaque sur votre opposition à ce qu’il nomme « le progrès », sûr de sa victoire quand il emploie une formule magique sacrée contre laquelle nul ne peut rien faire sans être accusé de magie noire et conduit au bucher.
« Et la solidarité ?  »
Mais quel genre de solidarité vous conduit vous, bandes de veaux (bientôt) éteints à réclamer qu’on reporte les décisions qui ne font pas votre affaire pour qu’une génération suivante ou future paye l’addition de l’extension de garantie de votre Alzheimer ?
Enfin, on ne va pas s’euthanasier les uns les autres pour ça, encore que légaliser l’avortement au 610ème mois me démange parfois. Bientôt vous retournerez à la finale des masters de question pour un champion et moi j’irai voir se qui se passe du côté du pont des arts. Entre deux on boira du jus de houblon ensemble et ce sera bien. Aller, allez vous coucher sinon vous raterez la redif de Derrick demain matin et serez grognons.

Mais pour en revenir une fois pour toutes aux croyances étranges, songez un peu que pendant ce temps là, aux États-Unis d’Amérique, des enfants meurent des balles qui les protègent de la tyrannie du roi d’Angleterre.

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* je sais qu’une virgule ne suis jamais la conjonction « et », pas la peine de me râper les couveuses à têtards avec un Bécherelle de bourreau d’enfant. Je mets ma virgule où je veux connard et ne viens pas me souffler dans les bronches : je sais que ça t’aide à rendre la lecture plus rythmée. Hah ! Comme je t’ai eu !Haha ! Je suis bien content.

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La tyrannie du roi d’Angleterre samedi, Nov 28 2009 

« La distinction fait rage » remarquait l’ami Vialatte. De fait, les hommes, dont le nombre de bras et de jambes, de connexions neuronales et de sphincters est pourtant assez régulier d’un individu à l’autre, investissent beaucoup d’énergie et de créativité pour insinuer dans l’esprit de leurs semblables (qu’on appel ainsi pour les raisons susdites) qu’eux, sont d’une autre souche.

Certains investissent dans le textile, d’autres dans une voiture, d’autres encore se passionnent et se font expert : lui en mécanique, celui là là bas dans la vie et l’œuvre d’un trépassé qui aura triomphé de l’anonymat par un moyen quelconque, et elle par la compréhension supérieure qu’elle a d’une juste cause ou de la littérature de machin. Chacun a son petit truc, si bien que tous les jours c’est un peu carnaval.

Plus on se ressemble, plus les différences se font subtiles pour le profane. Mais c’est précisément à cet instant où l’humanoïde distingué se mêle à ceux qui sont les plus susceptibles de le remplacer dans sa profession d’amateur ou dans son amateurisme professionnel que les petits riens prennent une importance sans borne. Pire, il devient essentiel dans ces tribus faites pour un jour ou par la contrainte d’aller gagner son manger de se distinguer à tout prix, mais sans jamais franchir un pas qui vous ferait passer de la distinction d’avec ses semblables à une posture qui marquerait une fois pour toute une réelle différence. Car on passerait alors de la hauteur à la solitude. C’est du moins le besoin impérieux qui guide l’habitus des aspirants chefs. Il suffit pour s’en convaincre qu’on observe un peu avec quel soin les ambitieux se distinguent dans la similarité. Bien sur il pensent comme nous, mais plus ! Ils sont nos semblables mais plus que les autres, et la preuve c’est qu’il se comportent et pensent d’une manière bien plus conforme au groupe que le groupe lui même. Si bien que le groupe fini par culpabiliser tant il lui semble se trahir en négligeant de penser comme son guide qui se donne tant de mal pour penser comme eux. Être leader c’est être en quelque sorte l’élite de la banalité. C’est ce que le sage appel la « vanité ».

C’est comme ça, nous apprend Ian Kershaw, que les conseillers du plus grand agitateur d’épouvantails prétendument sémites que l’histoire ait connu (appelons le Adolf H. pour ne point nuire à sa discrétion) obtenait de ses conseillers qu’ils décident pour lui et d’une manière plus fidèle à sa pensée qu’il ne l’aurait attendu de lui-même. Et c’est ainsi que le mirage partit en fumée. C’est aussi comme cela que naissent plus modestement les emmerdeurs anonymes, petits porteurs de la connerie humaine que l’histoire néglige. Et c’est un tort car les débats ponctuées d’explosions et de jets de pierre qui opposent les chrétiens de Saint Patrick à ceux de Calvin sont certes moins spectaculaires que les avions qui atterrissent sur le bureau des contrôleurs de gestion New-yorkais mais c’est ainsi que le quidam peut lui aussi se mêler au grand jeu du « j’aurai ta peau ». C’est comme ça qu’un léniniste pur jus n’a pas d’ennemi plus grand que le trotskiste, cet infâme traitre au grand Karl. C’est l’hassidique qui méprise l’ashkénaze ; c’est le trafiquant d’influence qui met au pilori le trafiquant de marijuana. C’est aussi la foule qui, d’abord venue manifester pacifiquement pour un idéal, verra ses membres les plus justes se mettre à casser ou à se battre pour pouvoir espérer briller un peu aux yeux des dames que les justes émeuvent.

Et puisque le bourgeois, comme l’a si bien vu Céline (qui ne se distinguait de personne sinon du vieux mirage de sémite conspirateur au nez crochu susmentionné) est un prolétaire qui a réussi, comptez donc sur celui qui se rêve chef de la meute des collectionneurs de mouches pour réussir mieux que ceux qu’il rêve être ses sujets et devenir plein de majesté (des mouches ça va de soi).

L’actualité ne cesse de nous relater les exploits de ces champions de la banalité qui donnent à la conscience collective sa puissance de feu. Aujourd’hui encore c’est entre Moscou et Saint-Pétersbourg qu’un sinistre individu chante plus fort que les autres la justesse de sa cause, c’est à Paris qu’un ancien héraut de la « libération des forces vives » rappel qu’il s’est converti à la régulation. Oui, mais plus.

Pendant ce temps, aux États Unis d’Amérique, des enfants son tués des balles qui les protègent de la tyrannie du roi d’Angleterre.